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Les Éditions CRÉER
Salon du livre de Paris
du 13 au 18 mars 2009
Hall T017

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 LAURA
ou l'adieu du loup
 Philippe ROUCARIE
 
Dans un Monde où rien n'était balisé, un Monde inconnu à quelques kilomètres de leur lieu de vie, certains de nos ancêtres ont vécu des aventures hors du commun.

L'Amour, souvent, en était la cause et il en était le moteur. Lorsque la passion prenait la place, ces aventures pouvaient atteindre au sublime comme elles pouvaient atteindre au tragique.

Quand François a croisé Laura il a su, dans l'instant, qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Mais il lui a fallu sa vie et d'effroyables épreuves pour comprendre qu'elle était unique et qu'elle venait d'ailleurs.

Leur destin était trop grand pour trouver une place dans un univers trop étroit.

Mais tout cela n'aurait été que partie si François, dans son périple, n'avait été confronté à des êtres d'exception, à Brad, à John et aussi aux animaux de la Nature originelle, à l'Ours, au Loup et si, plus tard, beaucoup plus tard, il n'avait connu l'isolement, la vie dans un monde à la civilisation primitive, chaleureuse et , à ce titre, profondément humaine.

Philippe ROUCARIE, après le Paradis du Grand Loup Blanc retrouve un de ses héros. Il le suit au travers d'une immensité où tout était à créer, à imaginer et d'abord à découvrir.

Le but qui est, aujourd'hui, l'essentiel du voyage ne se devine que très loin et n'apparaît que comme accessoire, supplanté qu'il est par l'essentiel qui était la lutte perpétuelle contre l'inconnu et, partout, son exploration.
caractéristiques techniques
400 pages, Broché collé, couverture souple
format 165 X 240 mm
code EAN 9782848191126
code ISBN 9782848191126
20€ TTCAjouter au panier
Histoire de l'ouvrage
- nouveauté Mai 2010
Extrait
Depuis un mois le Lycée allait son erre. C'était une « maison » que chacun d'énorme à ingérable qualifiait à sa manière. J'en avais hérité depuis trois ans, l'avais auscultée dans tous les sens, renoncé à y découvrir la moindre unité. Construite au départ autour d'un ancien monastère elle avait vu s'y greffer un énorme bâtiment d'internat, un bloc de béton qui ne ressemblait à rien, un gymnase qui était une ancienne forge, une multitude de préfabriqués qui lui donnaient par endroits une image de bidonville, quelques ateliers indéfinissables, un blockhaus hérité de la guerre et un hôtel particulier venu de l'Histoire. En somme un énorme village nègre !...

    Curieusement, ce monde avait une âme. Une indéfinissable sensation de sérénité accueillait le visiteur dès la porte d'entrée. Elle naissait de l'emplacement sans doute, quelque part entre les parcs et la vieille ville, était confortée par l'atmosphère entièrement féminine qui régnait entre ses murs. L'époque était à la ségrégation. Dans chaque ville à l'ombre lointaine d'un Lycée de garçons qui avait, un jour, regroupé les édiles du moment, s'était laborieusement mis en place un Lycée de filles.

    Autant notre histoire est au bricolage, autant celle fin de siècle était à l'épopée. Un groupe d'hommes, dépositaires de longs tâtonnements mais poussés par une nécessité de l'Histoire avait pensé sortir le pays de l'ignorance. La tâche était immense et, comme dans un autre temps et pour une autre croisade, ils s'étaient mis en marche. Du sommet de l'État au plus profond du plus lointain petit village tous étaient persuadés de faire naître la lumière. Des écoles étaient nées partout depuis les plus florissantes dans les villes les plus huppées jusqu'au plus isolées au plus lointain des hameaux. Face à un tissu humain très dense, à une occupation de tout ce que la campagne pouvait offrir de survie, l'école allait à la rencontre de l'élève. L'instituteur, né de cette même terre, nanti des qualités des hommes qui l'habitaient et doté, en plus, d'une âme de pédagogue était la sentinelle avancée lancée à la pointe du combat contre l'obscurantisme comme l'étaient dans d'autres mondes le marin ou le mineur.
    J'avais connu cette expérience au début de ma carrière. J'avais été nommé dans un village isolé du Cézallier à l'ombre des Monts Dore. J'y avais trouvé l'école habituelle aussi rude dans sa conception que noble dans ses intentions. Quatre murs de granite supportaient une charpente de chêne et un toit d'ardoises. Ils délimitaient deux pièces identiques, l'une au rez-de-chaussée qui hébergeait la classe, l'autre, à l'étage qui était mon appartement. De celui-ci restait peu dans mon souvenir : quatre pièces nées de deux cloisons à angle droit, un évier de grès à la couleur indéfinissable, un robinet d'eau et une cheminée qu'il valait autant ne pas allumer sous peine de voir partir le rêve en fumée. Par contre la salle de classe sublimait le souvenir. Des tables nées de cœurs de chêne occupaient les lieux. Elles laissaient au bureau la portion congrue et une armoire instable apportait sa misère. Seul, le poêle avait défendu son rang. II vivait de respect l'hiver et servait de penderie par beau temps. À son heure de gloire il ronflait telle la locomotive, rougissait les joues de ses voisins et apportait à ceux qui avaient préféré la proximité de la porte l'impression d'un bien-être réservé à d'autres. Deux cartes Vidal La¬blache donnaient, la première, de la France, une impression muette, la seconde, du Monde, un raccourci élémentaire. Perché au sommet de l'armoire, tel le coq sur le timon du char, le globe terrestre montrait ses plaies, le Pacifique escamoté derrière une toile où s'accrochaient quelques restes de plâtre et une Europe d'où la Russie avait disparu, laissant de la France l'impression d'une île perdue au bout d'une immense décrépitude. Mais là n'était pas l'essentiel. Le Maître avait expliqué un jour, que la Terre tournait sur elle-même et autour d'un soleil, que, par rapport à la classe, il situait au moins au niveau du toit. Le Tintin du Sartre, avec ses quinze ans révolus, grand parmi les grands, maintenu là par l'espoir d'un Certificat qui apparaissait chaque année plus lointain, surveillait ce globe, espérant que par une sorte de magie, il lui présenterait à chaque moment de la journée une autre face de ce monde. Devant l'immobilité de cette mécanique il en avait déduit que les querelles, les guerres et les révolutions avaient détruit les conséquences d'une loi universelle, épargnant son pays dont il avait entendu dire qu'il était resté complètement arriéré. J'avais tenté de lui expliquer, renoncé...

    Avec le temps, était demeurée l'image de ces têtes confiantes qui, si elles étaient loin de retenir tout ce que je leur disais, étaient prêtes à croire à tout ce que je pouvais leur apporter. Elles étaient l'exutoire à cette charge de solitude laissée par l'école, construite à l'écart du village, s'ouvrant d'un côté sur l'immensité qui allait, là-bas, jusqu'aux volcans, de l'autre sur le chemin qui menait au bac et que parcouraient les troupeaux à toutes les heures de la journée. Elle aurait pu être pour moi un passage de la vie à effacer, elle était restée, à l'image de cette petite troupe, naïve, pure et émouvante. Je l'avais classée dans l'album de mes souvenirs, comme l'image d'un premier grand amour.

    De la pédagogie restait peu. Après les tâtonnements, les excès, les erreurs de ceux qui s'étaient installés dans l'imaginaire comme les hussards des premiers temps était née une école structurée avec son enseignement, ses programmes et son but qui était le « Certificat ». Il représentait le moyen essentiel de promotion sociale de base à une époque où la quasi-totalité de la population vivait dans la campagne profonde. Les élèves du Lycée de garçons au chef-lieu du Département n'étaient que l'évocation d'une minorité inconnue. Parallèlement, les futurs maîtres suivaient leur voie : école primaire supérieure, école normale et retour au village, première marche souvent vers le canton où s'épanouissait la carrière.

    Et puis un jour, une révolution avait bouleversé cet équilibre.
 
06/2010
La maison rurale en Velay et Brivadois
Jean-Pierre MARTY
Centre National du Livre