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Ernest MONTUSÈS

Ernest MONTUSÈS


Quand Ernest-Jean SEMONSUT vient au monde en l'année 1880 à Montluçon, la ville connaît un plein essor industriel. Elle a franchi le Cher pour installer ses usines dans la Ville Gozet. Là, le charbon arrive de Commentry par voie ferrée jusqu'aux hauts-fourneaux. Les péniches mouillent à l'entrée du canal du Berry, quai Louis Blanc où s'entassent les marchandises. L'usine Saint-Jacques tourne à plein régime. La cité est maintenant reliée par chemin de fer avec Moulins, Bourges, Guéret et Gannat. En un siècle, la population est passée de 5000 à 30000 habitants.
Quand Ernest se marie en 1904, il est déjà un militant actif et connu. Il a choisi le pseudonyme de MONTUSÈS (anagramme de SEMONSUT, qui commence comme Montluçon et sonne comme Vallès). Avec Angélique THIVRIER, fille du député en blouse - le héros légendaire décédé en 1895 - il entre dans une véritable dynastie. Ce sera pour le meilleur et pour le pire.
Quand MONTUSES publie « L'Âge de fer » en 1919, il a déjà derrière lui une carrière de militant, de journaliste, d'historien… et toute une vie de poète. La grande guerre lʼa particulièrement marqué, même s'il ne l'a pas faite sur le front. Il a crié sa douleur dans des poèmes qui condamnent la mort inutile et chantent la paix pour les hommes de bonne volonté.
Ces quelques repères vont nous aider maintenant à mieux faire connaissance avec une forte personnalité aux
multiples facettes. Issu d'un milieu fort modeste (son père était « fontainier » à la ville de Montluçon), Ernest s'était préparé à une carrière d'enseignant en entrant à l'École Normale de Moulins. Il a même un temps, à cheval sur les deux siècles, exercé son métier d'instituteur à Durdat-Larequille et à Doyet. Mais sa santé fragile (notamment en raison d'une tuberculose) le contraint à une autre orientation. Il devient alors le responsable de la première bibliothèque municipale de Montluçon, poste qui convient parfaitement tant à ses goûts qu'à ses aptitudes et qui va lui permettre d'enrichir une culture déjà vaste.
En même temps, il fait ses premières armes de militant au Parti Ouvrier Français et de journaliste dans deux feuilles de gauche de l'époque : « Le petit indépendant de l'Allier » et « Le Socialiste de l'Allier ».
Témoin et acteur des nombreuses mutations politiques de ce début de siècle, il prend rapidement des responsabilités importantes au nouveau parti socialiste lors de lʼunité de 1905. C'est lui qui a l'honneur d'héberger Jaurès lorsque le grand tribun vient à Montluçon et à Commentry en 1909.
C'est lui aussi qui demeure rédacteur en chef du journal « Le Combat » 1920. Après le choix décisif du congrès de Tours - qui provoquera un véritable drame avec la belle-famille - il jouera un rôle majeur dans la jeune fédération communiste de l'Allier. II sera le fondateur et le directeur du journal « Le Travail » auquel il donnera son temps, son argent et sa santé. Un militant c'est aussi souvent un élu. Élu, il le fut à la mairie de Montluçon, de 1908 à 1912, comme maire adjoint chargé de publique, on dirait aujourd'hui
les affaires culturelles. Élu, il le fut aussi, comme conseiller général du canton de Montluçon-Est, de 1919 à 1925.
Mais c'est l'écrivain qui nous intéresse plus particulièrement ici. Depuis sa plus tendre enfance, Ernest écrit. « Rimes roses et rouges » (éditées seulement en 1914) constituent ses poèmes de jeunesse qu'il considère comme « rimes puériles » mais qu'il s'est finalement décidé à publier car ils sont « les intimités de tous ».
De 1914 à 1916, au cours des deux premières années de la guerre, il donne « La traîne de pourpre » dont le titre désigne le long manteau des rois, couvert du sang des hommes. En 1918, il publie « Les jardins de la douleur », tout imprégnés de la mort insatiable qui écrase le poète en ces temps de tuerie.

À la fin de sa vie, dans une galerie de portraits intitulée « Les hommes de bronze », il fustige, dans des poèmes caustiques, quelques têtes couronnées de l'époque. Ernest se dit avant tout un lyrique. Et cela apparaît nettement dans ses romans aussi.
« L'Âge de fer » constitue d'abord un témoignage sur une ville que l'auteur connaît bien, une ville enfumée où le travail est dur et souverain, où la mort est présente par les dangers de l'usine et par la finalité de ce qu'on y fabrique alors. Dans ce cadre réaliste, voire surréaliste, MONTUSÈS situe une idylle qui console et apaise. « L'Âge de fer » est-il un roman d'amour ? Est-ce le poème de la ville ? Chaque lecteur s'attachera à l'un ou à l'autre selon ses goûts ou considérera qu'ils ne font qu'un.
Écrivant à son ami Émile GUILLAUMIN auquel il avait adressé le livre et qui lui donnait son « approbation cordiale et élogieuse », Ernest MONTUSÈS expliquait : « J'ai côtoyé pendant la guerre plus d'une histoire
dans le cadre même que j'ai dépeint ! Seulement, voilà j'ai eu peur d'êtres en un sens trop violent si j'étais vrai et j'ai craint que, dans mon temps, on me fasse un grief d'avoirs rendu en couleur trop cruelle ce qu'on est convenu d'appeler l'amour… en ce temps. »
Dans un autre roman, « Les Cimes », paru en 1925, la guerre demeure sous-jacente; mais l'intrigue (« une épouse déconvenue, redevenue amante ») occupe ici davantage de place, l'auteur désirant nous livrer sans aucun doute sa conception de la femme.
La présentation de l'œuvre de MONTUSÈS serait incomplète si nous n'évoquions , dramatique et si nous ne disions quelques mots du style de l'écrivain. L'historien est mieux connu en Bourbonnais, surtout dans la région Montluçon-Commenlry, puisqu'il nous a laissé une « Histoire de Montluçon » encore récemment rééditée et son fameux « Député en blouse » consacré à Christou. L'auteur dramatique nous a donné surtout la pièce « Contre son roi » qui porte sur un épisode marquant de l'histoire du Bourbonnais et qui fut jouée pour la première fois à la veille de la guerre 14-18 au nouveau théâtre de Montluçon.
Enfin on reconnaît MONTUSÈS à sa magie du verbe.
L'écrivain possède l'art de la description et du récit, il attache un rôle important aux images et aux formules-chocs. Il excelle dans les décors d'ambiance, dans les atmosphères. Son érudition peut agacer parfois le lecteur d'aujourd'hui, mais songeons que les discours de Jaurès donnent la même impression. Quel souffle pourtant chez les deux hommes !
« L'Âge de fer » nous offre des pages magnifiques où l'épique le dispute au lyrique. Des pages qu'on aimera lire et relire, peut être dire et redire de mémoire, parce qu'elles chantent dans l'oreille et nous laissent au cœur la passion ou la tendresse. Trop tôt emporté par une banale opération chirurgicale, sous le masque de chloroforme du D PIQUAND, Ernest MONTUSÈS décède en 1927 à Montluçon. Au cours de sa vie bien courte, l'homme a beaucoup réfléchi, beaucoup agi, beaucoup souffert de l'adversité. Les circonstances ont voulu qu'il tombe rapidement dans l'oubli. Il mérite d'en sortir.

André SÉRÉZAT
Président des Amis d'Ernest MONTUSÈS*
* Auteur de la biographie « Ernest MONTUSÈS, un écrivain dans le mouvement ouvrier bourbonnais sous la IIIe République »
(Éditions CREER)

 

Ouvrage disponible en numérique PDF

Ernest Montusès, un écrivain dans le mouvement ouvrier bourbonnais sous la IIIe République

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