Auteur : Antoine PAILLET
Initialement à 77 € ce livre vous est maintenant proposé à 45 €
BABELIO AVIS DES LECTEURS
ARCHÉOLOGIE DE L'AGRICULTURE EN BOURBONNAIS
Paysages, outillages et travaux agricoles de la fin du Moyen Âge à l'époque industrielle
4e de Couverture
Le livre que voici est une somme sur l'agriculture du Bourbonnais avant sa mécanisation, et d'un caractère exceptionnel - et même pionnier - car il n'est guère de province française qui, sur son outillage et ses façons agricoles, ait donné lieu à une monographie si copieuse. Mais le livre offre un autre intérêt qu'annonce le titre : le parti d'être une étude archéologique. Sans doute bien des lecteurs s'étonneront-ils d'abord que l'archéologie soit ainsi invoquée à propos d'outils aratoires ou de haies bocagères tout récents, tant il est devenu habituel de la confiner dans l'exhumation des vestiges d'un passé ancien. Mais, pour être la plus trivialement répandue, cette conception de l'archéologie n'est pas épistémologiquement tenable : jamais, en effet, une science n'a pu se définir par les conditions particulières - ici l'enfouissement et l'obligation subséquente de fouiller - où se trouve placé l'observateur, et sans avoir un objet propre. Dans la tradition de la pratique archéologique, celui-ci ne peut être que l'art, non pas celui des artistes mais des artisans, non pas dans l'actuelle acceptation valorisée du mot mais dans celle du latin ars, en un mot le produit fabriqué. [...] C'est donc en somme d'art agricole qu'il s'agit ici, et précisément d'un système technique complexe où tout se tient, construction du paysage, façons culturales, outillage aratoire. Et encore, pour être complet, eût-il fallu ajouter des pages sur le logement paysan et les bâtiments de ferme !
Argumentaire : Une plongée dans l’agriculture traditionnelle du Bourbonnais
Un ouvrage unique en son genre
Le livre propose une étude exhaustive et captivante de l’agriculture du Bourbonnais avant sa mécanisation. Ce n’est pas seulement une simple documentation historique mais une véritable monographie pionnière, explorant de manière inédite les outils, les méthodes et les savoir-faire de cette région. Peu de provinces françaises disposent d’une telle étude approfondie et méticuleuse, offrant une vision complète de leur héritage agricole.
Une approche archéologique innovante
Ce livre va au-delà de la simple description pour adopter une démarche archéologique originale. Contrairement à l’idée courante limitant l’archéologie à la fouille de vestiges anciens, l’auteur revendique une étude des "arts agricoles" comme un système technique complexe. Ce dernier englobe non seulement l’outillage aratoire mais aussi les pratiques culturales, les haies bocagères, et la construction paysagère.
L’art des artisans agricoles à l’honneur
En s’appuyant sur la définition du latin ars, l’auteur met en lumière l’ingéniosité et la créativité des artisans agricoles. Cet art, à la fois fonctionnel et esthétique, témoigne du lien indéfectible entre les communautés rurales et leur environnement. L’ouvrage établit clairement que chaque outil et chaque méthode étaient adaptés aux particularités locales, répondant à des besoins techniques tout en façonnant le paysage.
Une richesse documentaire exceptionnelle
L’analyse ne se limite pas aux outils et aux pratiques culturales : elle évoque également l’ensemble du système technique, offrant un aperçu des paysages, des modes de vie et de l’organisation sociale de l’époque. Si l’on devait étoffer l’étude, il aurait été légitime d’inclure le logement paysan et les bâtiments de ferme, preuve de la richesse des thématiques abordées.
Un hommage au patrimoine agricole et culturel
Ce livre est une ode au monde paysan d’autrefois, une plongée dans un univers où tout était pensé pour respecter l’harmonie entre l’homme, la nature et les techniques. Il séduira les amateurs d’histoire locale, les passionnés d’ethnologie, et tous ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir les racines profondes de la tradition agricole du Bourbonnais.
Conclusion
À la croisée de l’histoire, de l’archéologie et de l’ethnographie, cet ouvrage nous rappelle l’importance de préserver et de comprendre ces savoir-faire ancestraux, tant pour leur valeur patrimoniale que pour leur pertinence face aux enjeux agricoles modernes. Un témoignage rare, complet et fascinant, à mettre entre toutes les mains.
EXTRAIT
CHAPITRE II
LES ROTATIONS CULTURALES 1.
Les rotations culturales dans les systèmes pré-industriels Les premières descriptions des systèmes de rotations culturales apparaissent dans les écrits administratifs du début du XIXe siècle. Même si leur degré de précision est variable, les données qu'ils fournissent peuvent servir d'éclairage, avec la prudence nécessaire, à des pratiques d'assolements probablement suivies de longue date, et peu modifiées jusqu'à l'adoption des assolements « agronomiques » du XIXe siècle, liés à la généralisation de la charrue, des techniques d'amendement et des cultures de plantes sarclées et fourragères. Globalement, les informations qui nous sont parvenues sur les méthodes de rotations culturales précédant le XIXe siècle indiquent un enchevêtrement des assolements biennaux et triennaux, cohabitant avec des systèmes de culture sur défriche d'herbages temporaires, et, plus exceptionnellement, sur assèchement d'étangs. On trouve ainsi jusqu'au XIXe siècle, avec cette variété, un premier exemple de la perméabilité des techniques agricoles du Bourbonnais à différentes influences. On sait que l'assolement biennal dominait dans ce qui est aujourd'hui le Sud de la France, et que l'assolement triennal caractérisait les systèmes culturaux de la France du Nord. François Sigaut a montré que les systèmes comportant une alternance de culture et de mise en herbage temporaire étaient répandus « dans les pays de terres acides et de climat froid, Massif Armoricain (Bretagne, Maine, Anjou, Bas-Anjou), Centre (Berry, Nivernais), Massif Central (Auvergne, Rouergue, Montagne Noire, etc.), Vosges, Ardennes(19). Enfin, les systèmes de culture sur assèchement d'étangs étaient pratiqués dans la Besse et dans les Dombes. L'identification et la répartition de ces systèmes dans le Bourbonnais n'ont jamais été vraiment étudiées. Pour Léonce de Lavergne, « l'assolement biennal y est universellement suivi, les jachères occupent la moitié des terres arables » en 1860(20). Pour Camille Gagnon, c'est en revanche l'assolement triennal qui dominait. En fait, les sources dont on dispose montrent la prédominance des systèmes sur défriches d'herbages temporaires, tandis que la répartition des assolements « classiques », biennal et triennal, offre quelques surprises : l'assolement triennal est cantonné au Sud du Bourbonnais, alors que l'assolement biennal est attesté au Nord, aux environs de Moulins. On verra que la présence de l'assolement triennal en Limagne, et dans une moindre mesure en Forterre, doit être liée à l'évolution agricole précoce de ces deux régions. Mais il est nécessaire de se livrer à une étude de détail. Le terme d'assolement triennal, par exemple, peut prêter à confusion si on ne précise pas la nature de chaque sole. À la question des assolements en usage, l'enquête de 1852 relève qu'à Barrois-Bussoles (au Nord de la Montagne bourbonnaise), « tout est soumis à l'assolement triennal blé/jachère/pâture », ce qui désigne en fait un système à herbage temporaire différent de l'assolement triennal jachère/blé/avoine.
(19) Fr.Sigaut (26), pp. 461-462. dans le Morvan et l'Autunois, ces herbages qui duraient de 7 à 12 ans étaient connus sous le nom de Architecture agraire en pays de bocage, Saint-Brisson 1987, fédération des Parcs-ministère de la Culture (mission du patrimoine ethnologique).
(20) L. de Lavergne, Économie rurale de la France depuis 1789 (1reéd. 1860), Paris Librairie agricole de la Maison rustique, 4e éd., 1877, p.360./su