Auteur : Jacques CÉRON
BABELIO AVIS DES LECTEURS
A cette époque, et avant que les peuples se fussent mis en mouvement pour cette grande expédition (la croisade), le royaume de France était livré de toutes parts aux troubles et aux plus cruelles hostilités. On n'entendait parler que de brigandages en tous lieux, d'attaques sur les grands chemins et d'incendies sans cesse répétés. Partout on livrait des combats qui n'avaient d'autre cause que l'emportement d'une cupidité effrènée et, pour tout dire en peu de mots, toutes choses qui s'offraient aux regards des hommes avides étaient livrées au pillage, sans aucun égard pour ceux à qui elles pouvait appartenir. Il y avait (aussi) à cette époque une disette générale, les riches éprouvaient une grande pénurie de grains et quelques uns d'entre eux, quoiqu'ils eussent beaucoup de choses à acheter, n'avaient cependant rien ou presque rien pour pourvoir à ces acquisitions. Un grand nombre de pauvres gens essayaient même de se nourrir de la racine des herbes sauvages, et comme le pain était fort rare, ils cherchaient de tous côtés de nouveau aliments pour compenser la privation qu'ils s'imposaient en ce point. Les hommes même les plus puissants se voyaient menacés de la misère dont on se plaignait de toutes parts ». GUILBERT DE NOGENT (1053-1124)
Argumentaire
L'extrait de Guilbert de Nogent (1053-1124) brosse un tableau sombre de la France à l'aube des Croisades, une époque où le désordre et la souffrance régnaient en maître. Décrivant une société rongée par les pillages, les hostilités incessantes et une cupidité déchaînée, l'auteur souligne l'absence d'ordre moral et politique. Les brigandages sur les routes et l'usage incontrôlé de la violence montrent une absence totale de respect des propriétés et des vies humaines. La disette ajoute au désespoir collectif : riches et pauvres endurent de terribles privations, forçant même les plus démunis à se nourrir de racines sauvages pour survivre. Guilbert dépeint ainsi une société désorganisée et à bout de souffle, où même les puissants ne sont pas épargnés par la misère.
Le contexte permet également de mettre en lumière la transformation amenée par les Croisades : dans le chaos ambiant, la perspective d'une "grande expédition" devient l'occasion pour certains peuples de s'unir sous une cause commune. Ce passage rappelle que le désespoir et la détresse peuvent devenir le ferment d'un nouvel ordre, même si celui-ci surgit dans la violence.
- L'impact des Croisades : une "grande expédition" qui tranche avec le désordre local.
- La détresse collective : famine, pauvreté extrême et bouleversements.
- La cupidité humaine comme moteur des hostilités.
EXTRAIT
Langlois regardait son portrait sur le meuble du salon. Il haïssait cette photo. Sa meilleure pipe d'écume de mer était encore à sa place. Pierrette s'était accommodée tant bien que mal de son veuvage. Par bonheur pour le policier, elle ne s'était pas remariée, bien que courtisée par le détestable voisin de l'appartement du second. Ce jour, elle recevait sa famille et s'empressait auprès des siens. Rien ou presque n'avait grâce aux yeux du divisionnaire. il lui aurait suffi avant de donner de la voix pour reprendre le contrôle de la situation et s'imposer comme l'élément dominant de sa tribu, alors que, maintenant, il devait supporter silencieusement tout ce qu'il voyait. Le policier expiait sa vilaine habitude de vouloir tout régenter. Pourtant, après ce qui lui est arrivé, il n'était pas fâché de pouvoir se retrouver parmi les siens. Ses petits-enfants et son arrière-petite-fille émerveillaient le divisionnaire. Le regard d'un d'entre eux semblait le suivre, comme s'il avait été là physiquement. L'assemblée familiale fit une brève allusion au disparu. On regretta son absence et, très sobrement, quelques compliments lui furent indirectement adressés. Langlois ne fut pas dupe de l'attention que Marie venait d'avoir pour lui à cette occasion. Puis il décida de rejoindre Donnat, qui complimentait une de ses anciennes voisines au bas de l'immeuble.